« La RSE encore méconnue des Français et des dirigeants d’entreprise » Ah bon ? On peut nuancer ?

A l’occasion du Forum de Giverny, l’institut de sondages IFOP a publié une étude intitulée « Le regard des Français et leur appropriation de la RSE« . J’ai lu attentivement les résultats de cette enquête relayée sur le site www.e-rse.net qui affiche dans son article du 10 septembre ce titre (là-haut entre guillemets)… aussi catégorique que pessimiste. La news ayant été relayée à plusieurs reprises, y compris par des professionnels de la RSE, j’ai décidé d’y ajouter mon commentaire et surtout une réserve (un point de vigilance même…).

La RSE serait donc relativement méconnue des « dirigeants d’entreprise » et même empreinte pour ceux-ci de dimensions plutôt négatives : elle apparait en effet davantage « compliquée » et « anecdotique », qu' »utile » ou « morale » pour ces « dirigeants ». Pire, 38% d’entre eux considèrent que « La finalité d’une entreprise est d’être rentable. La définition d’une raison d’être est avant tout une opération marketing. »

ARG ! Mon cœur saigne !

Mais tout de même ces conclusions me paraissent surprenantes. 

Nul doute qu’il y ait encore beaucoup à faire en matière de RSE, néanmoins de nombreuses autres sources semblent au contraire démontrer, qu’alors que 10 ans plus tôt le terme était encore assez méconnu, les dirigeants se sont justement rapidement engagés dans cette voie. Selon l’étude de BPI France Le Lab d’avril 2018 (pour ne citer que celle-ci), 90% des dirigeants interrogés déclarent mener des actions RSE ; 50% disent avoir une démarche RSE, 25% une démarche structurée autour d’un plan d’actions à moyen ou long-terme.

Ouf ! Pour cette étude, c’est tout de même 1150 dirigeants de TPE, PME et ETI qui ont été interrogés… ça commence à être robuste et sacrément représentatif.

Représentatif… c’est peut être là le sujet. L’échantillon de l’étude Ifop est-il représentatif de ces « dirigeants d’entreprise ». De qui parle-t-on parmi ces 1000 Français de 18 ans et plus interrogés fin août… Des « artisans, commerçants, chefs d’entreprise » (selon la nomenclature de l’INSEE) ? S’agissant de moins de 7% de la population active.. cette analyse serait donc basée sur une quarantaine d’individus ? Sans compter qu’assimiler sans aucune précaution préalable cette catégorie socio-professionnelle à l’opinion des « dirigeants d’entreprise » serait un raccourci extrêmement… court… erroné même (ah si, quand même…).

J’ai contacté l’Ifop pour leur poser la question et alerté www.e-rse.net sur ce point de vigilance. Sans réponse de leur part. Nul doute qu’ils sauront nous apporter les compléments attendus.

Les débats qui animent en ce moment même l’ONU et l’ensemble des parties prenantes, ne laissent aucun doute sur l’enjeu majeur que cette responsabilité sociale des entreprises soit un pilier incontournable de toutes les entreprises. De la TPE à la multinationale. Les conditions de travail, l’inclusion, la diversité, l’environnement, la transition énergétique, la sauvegarde de la biodiversité, la santé publique, l’économie circulaire, les impacts territoriaux, etc. Aucun de ces sujets ne peut être optionnel, chacun doit être soutenu par les entreprises, les collaborateurs qui les composent et l’ensemble des parties prenantes.

Ce sujet me passionne et je travaille à y apporter une contribution de plus en plus active. Je pense qu’il serait intéressant et tellement plus engageant de partager les progrès, les bonnes pratiques, les réussites en matière sociale, sociétale et environnementale, plutôt que de céder à des portraits grossiers et même partiellement erronés.

L’Institut des Futurs Souhaitables aime à rappeler ce proverbe africain « L’arbre qui tombe fait plus de bruit que la forêt qui pousse ». Et si on parlait de ces forêts qui poussent !

PS : Merci WEDODATA pour les affiches

PS2 : BVA, j’ai vu que vous lanciez un grand sondage sur linkedin concernant la RSE, je compte sur vous pour muscler l’échantillonnage 😉