Je panse, donc je suis…

Est-ce que les entreprises engagées dans des démarches RSE seront plus résilientes à la crise que les autres ? La RSE va t-elle « limiter la casse »? Les entreprises vont-elles accélérer leur stratégie RSE après la crise ? Les entreprises responsables et à impacts positifs seront-elles les grandes gagnantes (survivantes) du « jour d’après » ?

 Les tentatives de réponse à ces questions se multiplient ces dernières semaines. Une manière comme une autre de rechercher un plan de sauvetage, un indicateur de pérennité à venir de l’activité.

En filigrane de ces articles parfois une envie réprimée, mais qui reste perceptible de lancer un grand cri rageur « Ah ! Vous n’avez rien fait ! et maintenant vous en subissez les conséquences ?! Bien fait ! ».

Comme il est difficile de rester mesuré, indulgent, bienveillant.

Comme il est difficile de ne pas verser dans des discours moralisateurs et de chercher à pointer du doigt de présumés coupables.

Comme il est tentant de moquer les apprentis prophètes tout en se répétant intérieurement « Je savais que ça allait arriver. Je-le-savais ».

La RSE n’est ni un trophée, ni une récompense, ni un bouclier magique anti-crise. 

 

Rien ne garantit que les organisations, même les plus vertueuses, sortiront indemnes de cette crise. Certaines seront peut-être même contraintes de mettre la clé sous la porte. Ces pionniers, ces éclaireurs et explorateurs de terrae incognitae pour les communs, mettent aussi parfois leur propre survie en risque.

A l’inverse, l’absence apparente de démarche responsable dans certaines entreprises ne les sanctionnera pas davantage systématiquement.

La réalité est complexe. Le désir de trouver une solution unique voire messianique omniprésente. La simplicité est séduisante. Le design l’a bien compris.

Le monde est complexe. Les évènements produisent des effets systémiques. Les écosystèmes agissent en interdépendance. Et ce remède magique, miracle, unique n’existe pas.

Mais cette complexité est une opportunité exceptionnelle. Pour chacun individuellement, et pour tous, collectivement.

Puisqu’il n’existe pas une solution unique, des milliers peuvent exister.

Puisqu’il n’existe pas un sauveur unique, des milliers peuvent agir.

La complexité est un terrain extraordinaire pour donner à chacun l’opportunité de prendre conscience de son pouvoir et de ses potentiels.

La complexité autorise chacun à prendre sa place, à avoir une place.

La complexité est aussi ce qui permet aux confins du confinement d’envisager non pas une limite, mais de voir se dégager une nouvelle ligne d’horizon.

Et c’est là l’opportunité pour la RSE de voir rejoindre dans ses rangs de nouveaux partisans, activistes, corporate hackers et autres conspirateurs positifs.

Contraints, nous nous adaptons et expérimentons de nouveaux potentiels. Nous nous découvrons de nouveaux pouvoirs. Par notre action individuelle aussi modeste que celle de rester chez nous, nous formons collectivement une force solidaire capable de ralentir une épidémie mondiale. Pas banal, admettons le comme super pouvoir.

Par notre effort individuel de nous adapter à ce contexte soudain, contraint et pour beaucoup inattendu, nous permettons collectivement à de nombreux services de perdurer, à de multiples entreprises de poursuivre malgré tout leur développement.

Par le courage et l’engagement individuel d’une minorité nous permettons à l’immense majorité de la collectivité de continuer à accéder à des soins et à des services essentiels : santé, éducation, sécurité, équipements de première nécessité, alimentation, énergie, etc.

Autre découverte, nous éprouvons la vibration d’un autre super pouvoir : l’empathie. Pour la première fois peut être pour beaucoup, nous nous mettons à la place de l’autre : voisin.e, infirmier.e, caissier.e, mère ou père de famille, confiné.e ou en première ligne. Nous ressentons de la préoccupation pour les équipes médicales et les personnes hospitalisées, de la reconnaissance aussi, de l’allégresse parfois à 20h à nos fenêtres desquelles nous applaudissons autant pour honorer le personnel médical que pour vibrer collectivement.

 

La RSE dans tout ça me direz vous ? On s’en est éloigné non ?

Non.

L’entreprise n’est jamais que la somme des femmes et des hommes qui la compose rassemblés autour d’un objectif commun. Portés quelque fois par un sens commun.

Ces femmes et ces hommes sont les mêmes que ceux qui éprouvent aujourd’hui dans leur chair et dans leur cœur, leurs supers pouvoirs : de changer les choses par leurs actions individuelles, d’éprouver de l’empathie de ressentir leur appartenance à un collectif.

La question n’est pas tant de savoir si les entreprises vont changer, devoir s’adapter. La question est de prendre conscience qu’elles ont déjà amorcé leur changement.

Les conditions de travail, l’inclusion, le dialogue se sont d’ores et déjà invités au cœur même du quotidien des organisations.

L’environnement, la biodiversité, l’interdépendance de l’humain avec les écosystèmes sont au cœur de toutes les conversations.

Les circuits courts, le local, l’emploi sur le territoire s’imposent comme des enjeux incontournables.

C’est bien là de responsabilité sociétale qu’il s’agit.

Autrement dit, c’est une armée de nouveaux héros qui vient de rejoindre les rangs de la RSE.
Une armée restée longtemps silencieuse,
Une armée blessée, anesthésiée.
Une armée qui s’éveille, se panse et commence à se réinventer pour des futurs souhaitables.